Chaque pas doit être un but


Récemment, un collègue m’a confié son sentiment diffus de dispersion. 
Non pas un manque d’engagement. 
Non pas un défaut de compétence. 

Mais l’impression que ses journées s’enchaînaient sans toujours s’inscrire dans une direction clairement assumée. 

Nous avons parcouru ensemble son agenda sur plusieurs mois. 
Regardé la répartition de son temps. 
Interrogé ses priorités réelles celles qu’il affiche, et celles que ses décisions révèlent. 

À la fin de notre échange, presque spontanément, une formule s’est imposée : 

« Chaque pas doit être un but. » 

Je pensais alors au titre des Mémoires de Jacques Chirac. 

En y repensant, j’ai réalisé que cette phrase méritait d’être approfondie. 

Elle ne concerne pas seulement l’organisation du temps. 
Elle touche à la cohérence stratégique, à la responsabilité managériale, et plus largement à la manière dont nous concevons le leadership. 

Ce court article est né de cette prise de conscience : 

Nous vivons dans une époque qui valorise l’accélération. 

Les annonces doivent frapper. 
Les transformations être visibles. 
Les résultats, immédiats. 

Dans cet univers de l’instantané, la patience semble suspecte. 
La progression graduelle paraît hésitante. 
La constance passe parfois pour un manque d’audace. 

Et pourtant. 

En relisant récemment les Mémoires du président Jacques Chirac, son titre s’est imposé avec une force particulière : 

« Chaque pas doit être un but. » (2009) 

La formule paraît simple. 
Elle est en réalité exigeante. 

Elle rappelle que l’action durable ne se mesure pas à l’intensité du moment, mais à la cohérence de la trajectoire. 

Les institutions solides ne se construisent pas dans le fracas des annonces. Elles se façonnent dans la continuité des décisions. 

Chaque arbitrage, chaque ajustement, chaque réforme partielle infléchit une direction. 
Rien n’est neutre. 
Rien n’est indifférent. 

Un pas n’est pas seulement un moyen d’avancer. 
Il engage déjà une orientation. 

À l’heure où l’écologie structure nos débats, la nature nous offre une leçon élémentaire. 

Un arbre ne pousse pas en une nuit. 
Une forêt ne se régénère pas par décret. 

La croissance est lente, cumulative, parfois invisible jusqu’au moment où l’on constate qu’un paysage a changé. 

Le leadership durable obéit à cette logique. 

Il ne s’agit pas seulement de décider vite. 
Il s’agit de décider juste, régulièrement, dans le même sens. 

Paul Ricœur parlait de « la vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions justes » (Soi-même comme un autre, 1990). 

Une institution juste ne naît pas d’un geste isolé. 
Elle se construit décision après décision. 

Dans un monde saturé de communication, la tentation est grande de privilégier l’annonce à la trajectoire. 

Pourtant, ce ne sont pas les déclarations qui transforment les organisations. 

Ce sont les décisions répétées. 
Recruter autrement. 
Investir différemment. 
Arbitrer avec constance. 
Renoncer lorsque c’est nécessaire. 

Pris isolément, ces choix semblent modestes. 
Ensemble, ils dessinent une direction. 

Le temps long n’est pas une lenteur. 
Il est une responsabilité. 

Investir dans la durée, c’est accepter que les effets ne soient pas immédiats. 
C’est préférer la solidité à la gratification instantanée. 
C’est inscrire l’action dans une continuité qui dépasse les cycles et parfois les personnes. 

Alors peut-être faut-il se poser une question simple : 

👉 Sommes-nous fidèles, dans chaque décision, à la direction que nous prétendons servir ? 

Car le temps long ne se décrète pas. 
Il se construit. 

Pas après pas. 
Choix après choix. 
Dans une fidélité silencieuse à ce que l’on veut bâtir. 

Et c’est peut-être là, au fond, que réside la forme la plus exigeante du leadership. 

#Leadership 
#TempsLong 
#Gouvernance

Retrouvez cet article sur LinkedIn 

Commentaires

Articles les plus consultés