Les Neiges d'éternité

 


Sur l’échine des monts, où la neige scintille, 
Un manteau virginal couronne les bastilles. 
Les sapins alourdis de leurs flocons dormants 
Dressent vers l’infini leurs bras frémissants. 

Dans l’ombre bleutée, où la lune s’invite, 
Le renard solitaire arpente la limite. 
Ses pas troublent à peine un sol d’ivoire et d’or, 
Où s’éveillent, brillants, les diamants de l’aurore. 

Là-bas, le chamois fuit, traçant sur les arêtes 
Un ballet suspendu, défiant vents et tempêtes. 
La blancheur infinie recouvre les sentiers, 
Efface en un instant les failles et les piliers. 

Les torrents endormis, pris dans l’étreinte dure, 
Portent en eux l’écho d’une force future. 
Dans l’air, le gel cinglant distille un souffle clair, 
Un mélange subtil de résine et d’hiver. 

L’odeur des bois givrés, mêlée aux vents sauvages, 
S’insinue lentement au creux des grands passages. 
Le lynx, dans le silence, effleure les abords, 
Effaçant sous ses pas le spectre de la mort. 

Là, le hibou pensif médite sous l’étoile, 
Ses yeux fixant la nuit où chaque lueur voile. 
Le craquement du gel éclate sous les pas, 
Et trouble un bref instant, se brise avec éclat. 

Les branches alourdies soupirent en cadence, 
Leur écho, par les bois, répond en élégance. 
Et l’hermine furtive, invisible aux regards, 
Laisse au vent du couchant ses pas comme des arts. 

Les monts en majesté se drapent de mystères, 
Dans l’écrin d’un hiver où tout semble prière. 
Dans ce désert sacré où la neige a brillé, 
Chaque souffle glacé suspend l’éternité, 

Tel un sculpteur précis, cisèle les paysages, 
Donne aux lacs une âme, aux glaciers des visages. 
Un souffle venu loin, à travers les ravines, 
Fait chanter les sommets d’harmoniques divines. 

Dans l’arche suspendue de ce monde oublié, 
Les vents tissent des chants où le temps vient rêver. 
Et l’homme, minuscule, subjugué, reconnaît 
Dans ces flots de blancheur un royaume de paix. 

Le silence ici règne, altier, intemporel, 
Sous un ciel constellé de lumière cruelle. 
Pourtant, dans cet abîme, un feu tendre s’élève : 
C’est la vie, frémissante, qui lutte et qui se rêve. 

Ô neige, reine pure aux reflets éternels, 
Tu recouvres nos jours d’une grâce immortelle. 
Dans ton souffle glacé, l’homme devient absent, 
Et contemple, ébloui, ton royaume éclatant.

poésie qui sera publiée dans mon prochain recueil

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